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Bien-être

Souffle Pilates : plus de fluidité et de stabilité

Par Alejandra Mangas Coach Pilates & Barre, FitMangas·2 juillet 2026·⏱ ~20 min·👁 1 vues
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Pourquoi la respiration pilates n'est pas « juste » respirer

Quand on débute en Pilates, on entend souvent : « Inspire par le nez, expire par la bouche ». Facile, non ? Pourtant, après quelques séances, beaucoup réalisent qu'ils retiennent leur souffle pendant les exercices difficiles, ou qu'ils respirent de manière superficielle, presque malgré eux. La vérité, c'est que la respiration en Pilates n'a rien d'automatique. C'est une compétence à part entière, aussi importante que l'alignement ou l'engagement du centre.

Contrairement au yoga où l'on privilégie souvent la respiration abdominale, le Pilates utilise la respiration latérale costale. L'idée ? Remplir les côtés et l'arrière de la cage thoracique, sans relâcher l'engagement du centre. Cela permet de maintenir la stabilité du powerhouse tout en oxygénant le corps. Imaginez que vos poumons s'ouvrent comme un accordéon sur les côtés, élargissant vos côtes sans gonfler le ventre. Cette technique demande de la concentration au début, mais elle devient vite naturelle et transforme radicalement la qualité de vos mouvements.

Ce qui rend cette approche si puissante, c'est qu'elle synchronise effort et souffle. En Pilates, on expire généralement sur l'effort : plier, soulever, tirer. Cette expiration active aide à engager les muscles profonds, notamment le transverse de l'abdomen, qui agit comme une ceinture naturelle autour de votre tronc. Résultat ? Plus de stabilité, moins de tensions parasites dans le cou ou les épaules, et une sensation de contrôle fluide.

Joseph Pilates lui-même insistait sur ce point dans ses écrits : « Avant tout, apprenez à respirer correctement ». Il comparait la respiration à un soufflet interne qui nettoie le corps de l'intérieur, évacuant l'air vicié et apportant de l'oxygène frais à chaque cellule. Cette métaphore reste d'actualité : une respiration complète et consciente améliore la circulation sanguine, favorise l'élimination des toxines métaboliques et prépare le système nerveux à un mouvement de qualité.

L'anatomie derrière la respiration latérale costale

Pour vraiment comprendre cette technique, un petit détour anatomique s'impose. Votre cage thoracique est composée de 12 paires de côtes, reliées à la colonne vertébrale à l'arrière et au sternum à l'avant (sauf les deux dernières paires, dites « flottantes »). Entre chaque côte se trouvent les muscles intercostaux, qui jouent un rôle clé dans l'expansion et la rétraction de la cage thoracique.

Lors d'une inspiration latérale costale, ces muscles intercostaux se contractent pour écarter les côtes, créant un espace qui permet aux poumons de se remplir d'air. Simultanément, le diaphragme descend légèrement, mais sans provoquer le gonflement abdominal caractéristique de la respiration ventrale. Cette descente contrôlée du diaphragme permet de maintenir une pression intra-abdominale stable, essentielle pour protéger la colonne lombaire pendant les mouvements exigeants.

À l'expiration, les muscles intercostaux se relâchent, les côtes reviennent naturellement vers le centre, et les muscles abdominaux profonds (notamment le transverse) se contractent davantage pour expulser l'air. C'est cette contraction expiratoire qui crée la fameuse sensation de « ceinture serrée » autour du tronc, signal que votre centre est pleinement engagé.

Comprendre cette mécanique aide à visualiser ce qui se passe réellement dans votre corps. Ce n'est pas une abstraction : c'est un processus biomécanique précis qui, une fois maîtrisé, devient votre meilleur allié pour bouger avec puissance et sécurité.

Les erreurs respiratoires qui sabotent ta pratique

Même avec les meilleures intentions, certaines habitudes respiratoires limitent les bénéfices du Pilates. En voici quelques-unes que je vois régulièrement en cours, accompagnées de solutions concrètes.

Retenir son souffle sur l'effort

C'est le réflexe le plus courant, surtout lors d'exercices comme le Hundred ou le Teaser. On se concentre tellement sur la posture qu'on oublie de respirer. Le problème ? Cela crée une pression interne excessive (manœuvre de Valsalva), rigidifie le corps et empêche l'engagement correct du centre. Pire encore, cette apnée augmente temporairement la tension artérielle et peut provoquer des vertiges ou des maux de tête.

Si tu sens que tu bloques, commence par simplifier le mouvement et reviens à un rythme respiratoire régulier. Par exemple, lors du Teaser, au lieu de tenir la position complète, redescends légèrement pour reprendre ton souffle, puis remonte. La performance viendra ensuite. Rappelle-toi que Joseph Pilates préférait toujours un mouvement bien exécuté avec une respiration fluide à une posture « parfaite » mais figée.

Respirer uniquement dans le ventre

Beaucoup arrivent en Pilates avec l'habitude de la respiration abdominale, apprise en yoga ou en méditation. Mais en Pilates, si tu gonfles le ventre à l'inspiration, tu relâches involontairement le transverse et perds la connexion au centre. Cela ne veut pas dire que la respiration abdominale est « mauvaise », simplement qu'elle n'est pas adaptée à cette discipline.

Concentre-toi sur l'expansion latérale et dorsale de ta cage thoracique. Un truc qui fonctionne bien : imagine que tu portes un corset ou une ceinture serrée autour de ton ventre. Tu ne peux pas gonfler vers l'avant, donc l'air doit trouver un autre chemin : vers les côtés et l'arrière. Cette image mentale aide beaucoup de pratiquants à « sentir » la bonne direction de l'expansion.

Respirer trop vite ou trop superficiellement

Certaines personnes respirent par petits coups, surtout quand l'exercice devient intense. Cela active le système nerveux sympathique (mode « stress ») et empêche le corps de trouver sa fluidité. Tu te retrouves alors dans un cercle vicieux : le stress respiratoire augmente la fatigue musculaire, qui à son tour perturbe encore plus la respiration.

Privilégie des respirations complètes et contrôlées, même si cela signifie ralentir le rythme ou réduire l'amplitude du mouvement. La qualité prime toujours sur la quantité. Si tu pratiques en musique, utilise le tempo pour réguler ton souffle : inspire sur 3 temps, expire sur 4, par exemple. Ce cadre rythmique externe t'aide à maintenir une respiration régulière même quand l'effort s'intensifie.

Inverser l'inspire et l'expire

Cette erreur est plus subtile mais tout aussi limitante. Certains pratiquants inspirent sur l'effort et expirent sur la détente, l'inverse de ce qui est recommandé. Pourquoi est-ce problématique ? Parce que l'inspiration tend à relâcher légèrement le centre et à créer une extension naturelle de la colonne, ce qui peut compromettre la stabilité lors d'un mouvement de flexion ou de rotation.

Si tu as du mal à te souvenir du bon timing, retiens cette règle simple : expire quand tu te rapproches de ton centre (flexion, rotation vers l'intérieur), inspire quand tu t'en éloignes (extension, ouverture). Cette logique fonctionne pour la majorité des exercices classiques et t'aide à développer une intuition respiratoire juste.

Comment installer la respiration latérale costale

Si tu débutes ou si tu veux affiner ta technique, voici une progression simple pour maîtriser cette respiration spécifique au Pilates, avec des variations pour différents niveaux de confort.

Exercice préparatoire allongé

Allonge-toi sur le dos, genoux pliés, pieds au sol à largeur de hanches. Place tes mains sur les côtés de tes côtes, juste sous la poitrine, pouces vers l'arrière. Inspire lentement par le nez en sentant tes côtes s'écarter sous tes mains, comme si tu voulais pousser tes paumes vers l'extérieur. Ton ventre reste relativement stable, peut-être une légère élévation naturelle du diaphragme, mais sans gonflement prononcé.

Expire par la bouche en laissant tes côtes revenir vers le centre, tout en engageant doucement ton centre (imagine que tu rapproches ton nombril de ta colonne, sans forcer). Répète 8 à 10 fois, en restant concentré(e) sur cette expansion latérale. Si tu as du mal à sentir le mouvement, essaye d'expirer complètement d'abord pour « vider » tes poumons, puis inspire : l'expansion sera plus évidente.

Variation avec support visuel

Certaines personnes ont besoin d'un feedback visuel pour ancrer cette technique. Allonge-toi dans la même position, mais place un petit coussin ou un livre léger sur ton ventre. L'objectif : garder cet objet relativement stable pendant que tes côtes s'ouvrent latéralement. Si le coussin monte et descend de manière prononcée, tu respires encore de façon abdominale. Ajuste progressivement jusqu'à ce que le mouvement principal se fasse sur les côtés.

Intégration en position assise

Assieds-toi sur un tapis ou une chaise, dos droit sans être rigide, pieds bien ancrés au sol. Enroule une serviette, un élastique ou même une écharpe autour de ta cage thoracique, au niveau du sternum. Tiens les extrémités avec tes mains pour créer une légère tension, comme si tu serrais doucement un corset autour de toi.

Inspire en poussant contre la résistance de la serviette, sentant tes côtes s'ouvrir latéralement et vers l'arrière. Tu devrais sentir la tension augmenter dans la serviette. Expire en relâchant progressivement, tout en maintenant l'engagement du centre. Cet outil tactile aide énormément à visualiser et ressentir le mouvement correct. Pratique 10 à 15 respirations, puis retire la serviette et observe si tu peux reproduire la même sensation sans support.

Application dans un mouvement simple

Essaye le Roll Down debout. Commence pieds parallèles, écartés à largeur de hanches, bras le long du corps. Inspire en position debout, sentant tes côtes s'ouvrir. Expire en enroulant lentement ta colonne vertébrale vers l'avant, vertèbre par vertèbre, en laissant la tête pendre. Imagine que tu dessines un arc avec ton dos, pas une cassure au niveau des hanches.

Inspire en bas, sentant l'expansion dans ton dos (c'est souvent ici que la respiration dorsale devient la plus évidente). Expire en te redressant, toujours vertèbre par vertèbre, en engageant ton centre pour remonter comme si un fil invisible tirait le sommet de ta tête vers le plafond. Ce mouvement lent permet de synchroniser souffle et action sans la complexité d'un exercice avancé, et il prépare magnifiquement la colonne pour une séance complète.

Respiration et stabilité : le duo gagnant

La magie du Pilates, c'est que le souffle ne se contente pas d'accompagner le mouvement : il le structure. Prenons l'exemple du Single Leg Stretch. Tu es allongé(e) sur le dos, tête et épaules décollées, une jambe pliée vers toi, l'autre tendue. À chaque changement de jambe, tu expires. Pourquoi ? Parce que l'expiration active le transverse, stabilise ton bassin et t'empêche de cambrer le bas du dos. Sans cette expiration consciente, le mouvement devient instable, et tu risques de compenser avec ton cou ou tes épaules.

J'ai vu d'innombrables pratiquants transformer cet exercice simplement en corrigeant leur respiration. Avant, ils tiraient sur leur nuque, leur bassin basculait d'un côté à l'autre, et ils terminaient l'exercice frustrés et tendus. Après avoir intégré l'expiration rythmée, leur bassin restait ancré, leur nuque se relâchait, et ils pouvaient enfin sentir le travail dans leurs abdominaux profonds plutôt que dans leur cou.

Autre exemple parlant : le Side Plank (planche latérale). Maintenir l'alignement demande une activation intense du centre et des obliques. Si tu retiens ton souffle, tu crées une rigidité qui te fatigue plus vite et qui empêche les micro-ajustements nécessaires pour rester stable. En respirant de manière fluide et latérale, tu maintiens l'engagement sans crispation, et tu peux tenir la posture plus longtemps, avec plus de contrôle. Le souffle devient alors un outil de performance, pas un détail accessoire.

Cette relation entre souffle et stabilité s'explique aussi par la pression intra-abdominale. Quand tu expires en engageant ton centre, tu crées une pression contrôlée à l'intérieur de ton tronc qui agit comme un coussin pneumatique autour de ta colonne vertébrale. Cette pression interne soutient ta colonne de l'intérieur, réduisant la charge sur les disques intervertébraux et permettant aux muscles profonds de travailler de manière optimale. C'est le même principe que les haltérophiles utilisent avec leur ceinture de force, sauf qu'ici, tu crées cette ceinture naturellement, de l'intérieur.

Fluidité : quand le souffle orchestre le mouvement

La fluidité en Pilates, ce n'est pas juste bouger « joliment ». C'est une qualité de mouvement où chaque transition est contrôlée, chaque phase connectée à la suivante, sans à-coups ni pauses inutiles. Et le souffle est le chef d'orchestre de cette fluidité.

Imagine le Swan Dive (plongeon du cygne). Allongé(e) sur le ventre, tu soulèves le buste en extension, puis tu bascules en avant et en arrière, comme un balancier ou un berceau qui se balance. Si tu bloques ta respiration, le mouvement devient saccadé, presque violent, et tu perds rapidement l'équilibre. Mais si tu inspires en montant (extension), expires en plongeant vers l'avant (flexion), inspires en revenant (extension), le mouvement trouve son rythme naturel, presque hypnotique. Le souffle crée une continuité, un flux qui rend l'exercice à la fois plus facile et plus intense.

Cette fluidité respiratoire aide aussi à gérer la fatigue mentale et physique. Lors d'une série de Hundred (100 battements de bras), respirer par cycles de 5 inspire / 5 expire te permet de rester concentré(e) et d'éviter l'essoufflement. Le souffle devient une ancre, un point de repère qui te ramène au moment présent quand ton esprit commence à divaguer ou à anticiper la fin de l'exercice. C'est un peu comme compter les longueurs en natation : le rythme régulier te porte et rend l'effort soutenable.

La fluidité respiratoire influence aussi la qualité du mouvement articulaire. Quand tu expires en roulant ta colonne vertèbre par vertèbre (comme dans le Roll Up), chaque expiration permet une articulation plus profonde. L'expiration détend les muscles paravertébraux, facilitant la flexion segmentaire. À l'inverse, l'inspiration prépare l'extension en créant un léger espace entre les vertèbres. Cette danse entre inspire et expire crée une mobilité spinale optimale, prévenant les raideurs et les compensations.

Variations et adaptations selon ton niveau

Débutant : simplifie pour mieux respirer

Si tu débutes, il est normal de trouver difficile de coordonner souffle et mouvement. N'hésite pas à ralentir ou à simplifier l'exercice. Par exemple, lors du Roll Up, si tu ne parviens pas à monter en une seule expiration, divise le mouvement en deux ou trois phases : inspire à mi-chemin, expire pour continuer, inspire encore si nécessaire, puis expire pour finir. L'important, c'est de ne jamais sacrifier la respiration pour « finir » l'exercice.

Une autre adaptation utile : commence par des exercices en position allongée ou assise, où la gravité ne travaille pas contre toi. Le Pelvic Curl (enroulement du bassin) est parfait pour cela. Allongé(e) sur le dos, genoux pliés, inspire en position neutre, expire en soulevant ton bassin vertèbre par vertèbre, inspire en haut, expire en redescendant. Ce mouvement simple te permet de te concentrer uniquement sur la coordination souffle-mouvement, sans la complexité d'un équilibre ou d'une position anti-gravitaire.

Intermédiaire : affine la synchronisation

Une fois que tu maîtrises la respiration latérale, commence à jouer avec les temps respiratoires. Certains mouvements demandent une expiration longue et contrôlée, d'autres une inspiration rapide suivie d'une expiration explosive. Par exemple, dans le Criss-Cross (rotation du buste), expire en tournant, inspire au centre. Cette précision renforce l'engagement et la définition musculaire.

Tu peux aussi expérimenter avec des respirations asymétriques : inspire sur 3 temps, expire sur 5, par exemple. Cette expiration prolongée approfondit l'engagement du transverse et te force à ralentir, créant plus de contrôle. C'est particulièrement utile dans les exercices de rotation ou de flexion latérale, où la tentation est souvent d'aller trop vite et de perdre la connexion au centre.

Un autre niveau de raffinement : observe dans ton corps tu sens l'expansion. Certains exercices sollicitent davantage l'arrière de la cage thoracique (comme le Cat Stretch), d'autres les côtés (comme le Side Bend). Apprends à diriger consciemment ton souffle vers la zone qui travaille, créant une synergie entre respiration et activation musculaire.

Avancé : explore la respiration comme outil de progression

À un niveau avancé, tu peux utiliser le souffle pour intensifier un exercice. Essaye de prolonger tes expirations pour approfondir l'engagement du centre, ou d'ajouter une pause respiratoire en fin d'expiration (rétention poumons vides, 2-3 secondes) pour tester ta stabilité. Certains pratiquants expérimentent aussi avec des rétentions légères en position statique, pour renforcer la connexion neuromusculaire et la capacité à maintenir l'engagement sans le support constant du souffle.

Attention toutefois à ne jamais forcer : la respiration doit rester confortable, jamais contrainte. Les rétentions ne doivent jamais provoquer de sensation de panique ou de manque d'air. Si tu explores cette voie, fais-le progressivement et idéalement sous la supervision d'un instructeur expérimenté.

Tu peux aussi intégrer des variations de rythme dans une même séquence. Par exemple, commence le Hundred avec des respirations normales (5 inspire / 5 expire), puis accélère légèrement le rythme pour les 50 derniers battements, créant une intensité cardiovasculaire accrue. Ou à l'inverse, ralentis progressivement pour finir en douceur, transformant l'exercice en méditation active.

Le souffle comme pont entre corps et esprit

Au-delà de la technique, le souffle en Pilates a une dimension presque méditative. Il t'invite à ralentir, à être présent(e) à chaque instant. Dans un monde où tout va vite, où l'on cherche constamment à optimiser, à faire plus, le Pilates te rappelle que la puissance vient aussi de la présence.

Quand tu respires consciemment, tu crées un espace intérieur. Tu n'es plus seulement en train de « faire » un exercice, tu l'habites. Cette qualité de présence réduit le stress, améliore la concentration et crée une sensation de calme durable, bien au-delà du tapis. Beaucoup de pratiquants témoignent d'une meilleure gestion du stress au quotidien, d'un sommeil amélioré, d'une capacité accrue à rester centrés dans les moments de tension.

C'est aussi pour cela que le Pilates est souvent recommandé en complément de thérapies pour l'anxiété ou les troubles du stress post-traumatique. Le souffle, en devenant un ancrage somatique, aide à réguler le système nerveux et à retrouver un sentiment de sécurité dans son propre corps. Chaque respiration consciente envoie un signal au cerveau : « tout va bien, je suis en sécurité, je peux me détendre ». Cette communication corps-esprit est au cœur de l'approche holistique du Pilates.

Joseph Pilates parlait de « l'art du contrôle », mais ce contrôle n'a rien de rigide ou de militaire. C'est un contrôle conscient et fluide, qui naît de l'écoute intérieure. Le souffle est le fil conducteur de cette écoute. Il te ramène sans cesse à ton corps, à tes sensations, à l'instant présent. Dans cette présence, tu découvres une forme de liberté paradoxale : plus tu es conscient(e) de ton souffle et de ton mouvement, plus tu te sens libre dans ton corps.

Intégrer le souffle pilates dans ton quotidien

La beauté de cette pratique respiratoire, c'est qu'elle ne se limite pas au studio. Tu peux l'utiliser partout : au bureau pour relâcher les tensions, dans les transports pour te recentrer, avant une réunion stressante pour retrouver ton calme, ou même pendant une conversation difficile pour rester ancrée.

Voici quelques micro-pratiques à intégrer dans ta journée :

  • Au réveil : Avant de te lever, prends 5 respirations latérales costales allongé(e) dans ton lit. Cela active ton centre en douceur, oxygène ton cerveau et prépare ton corps à la journée. C'est aussi un moment de transition consciente entre le sommeil et l'éveil, qui donne le ton pour une journée plus présente.
  • En position assise prolongée : Toutes les heures, fais une pause de 3 respirations complètes en sentant tes côtes s'ouvrir. Cela combat l'affaissement du dos, réoxygène ton cerveau (améliorant concentration et créativité), et relâche les tensions accumulées dans le cou et les épaules. Si tu travailles sur ordinateur, programme une alarme discrète pour te le rappeler.
  • Avant un effort physique : Que ce soit porter des courses, monter des escaliers, soulever ton enfant ou déplacer un meuble, inspire pour te préparer, expire sur l'effort. Tu protèges ton dos en engageant ton centre au bon moment, et tu optimises ta force en synchronisant souffle et action. Cette habitude simple peut prévenir de nombreuses blessures du quotidien.
  • En situation de stress : Ralentis consciemment ton souffle. Inspire sur 4 temps, expire sur 6. Cette respiration prolongée active le nerf vague (qui régule le système nerveux parasympathique) et calme immédiatement le système nerveux. Tu peux le faire discrètement, même en réunion ou dans le métro. Personne ne remarquera que tu respires, mais toi, tu sentiras la différence.
  • Avant de dormir : Allongé(e) dans ton lit, pratique 10 respirations latérales lentes et profondes. Cette routine signale à ton corps qu'il est temps de se détendre, facilite la transition vers le sommeil et améliore la qualité du repos. Beaucoup de pratiquants rapportent s'endormir plus rapidement et se réveiller plus reposés après avoir intégré cette habitude.

Ces micro-pratiques créent ce qu'on appelle des « ancres respiratoires » : des moments réguliers dans ta journée où tu reviens consciemment à ton souffle. Avec le temps, ces ancres deviennent automatiques, et tu remarqueras que tu respires mieux spontanément, même sans y penser.

Respiration et proprioception : sentir de l'intérieur

Un aspect souvent négligé de la respiration pilates, c'est son rôle dans le développement de la proprioception — cette capacité à sentir ton corps dans l'espace sans avoir besoin de le regarder. Quand tu te concentres sur ton souffle, tu affines ta conscience corporelle interne.

Par exemple, lors d'un Spine Stretch Forward (étirement de la colonne vers l'avant), si tu expires consciemment en t'enroulant, tu sens mieux chaque vertèbre qui s'articule. Tu peux identifier précisément où ta colonne est mobile et où elle résiste. Cette information proprioceptive est précieuse : elle te guide vers un mouvement plus juste, plus personnalisé, et elle te permet de progresser en toute sécurité.

Cette conscience accrue se transfère aussi dans d'autres activités. Les pratiquants réguliers de Pilates rapportent souvent une meilleure posture spontanée, une démarche plus fluide, une capacité à détecter et corriger les déséquilibres avant qu'ils ne deviennent problématiques. Le souffle conscient est le fil rouge qui relie toutes ces améliorations : il t'apprend à habiter ton corps plutôt qu'à simplement l'utiliser.

Questions fréquentes sur le souffle en Pilates

Dois-je toujours expirer sur l'effort ?

Dans la majorité des exercices Pilates, oui. L'expiration sur l'effort aide à engager le centre et à stabiliser la colonne. Mais il existe des exceptions, notamment dans certains mouvements d'extension où l'inspiration accompagne l'ouverture du corps (comme le Swan ou certaines variantes de Back Extension). L'important est de ne jamais bloquer le souffle. Si tu hésites, demande-toi : est-ce que je me rapproche de mon centre ou est-ce que je m'en éloigne ? Rapprochement = expiration, éloignement = inspiration.

Que faire si je m'essouffle rapidement ?

C'est souvent le signe que tu forces le rythme, que tu respires trop superficiellement, ou que ton système cardiovasculaire a besoin de se renforcer. Ralentis, simplifie l'exercice, et concentre-toi sur des respirations complètes et profondes. Avec la pratique régulière (2-3 séances par semaine), ta capacité respiratoire s'améliorera naturellement. Si l'essoufflement persiste même sur des exercices simples, consulte un professionnel de santé pour écarter toute cause médicale.

Puis-je respirer par la bouche à l'inspiration ?

La méthode classique préconise l'inspiration par le nez et l'expiration par la bouche. L'inspiration nasale filtre et réchauffe l'air, et elle stimule le système nerveux parasympathique (relaxation). Mais si tu as le nez bouché, des allergies, ou si cela te semble inconfortable, tu peux adapter. L'essentiel est de maintenir une respiration fluide et contrôlée, pas de suivre un dogme rigide. Certains instructeurs contemporains acceptent même l'inspiration buccale si elle permet une meilleure fluidité.

Combien de temps pour maîtriser la respiration latérale ?

Cela varie selon les personnes, mais en général, après 8 à 12 séances régulières, la respiration latérale devient plus naturelle. Certains la « sentent » dès la première séance, d'autres ont besoin de plusieurs semaines. Sois patient(e) et bienveillant(e) avec toi-même : c'est un apprentissage progressif, pas une compétition. Chaque respiration consciente est un progrès, même si elle ne semble pas « parfaite ».

La respiration pilates peut-elle aider en cas de douleurs lombaires ?

Oui, indirectement. En renforçant l'engagement du centre via la respiration, tu stabilises mieux ton bassin et ta colonne, ce qui réduit les compensations et les tensions. De nombreuses études montrent que le Pilates, pratiqué avec une respiration correcte, améliore la douleur lombaire chronique non spécifique. Mais si tu as des douleurs persistantes, aiguës, ou des antécédents de hernie discale, consulte toujours un professionnel de santé avant de pratiquer. Un instructeur qualifié pourra ensuite adapter les exercices à ta situation.

Peut-on pratiquer la respiration pilates pendant la grossesse ?

Absolument, et c'est même souvent recommandé (avec l'accord de ton médecin). La respiration latérale costale est particulièrement adaptée pendant la grossesse car elle ne crée pas de pression excessive sur l'abdomen. Elle aide à maintenir l'engagement du plancher pelvien, à soulager les tensions dorsales, et à préparer le corps pour l'accouchement. Beaucoup de sages-femmes intègrent d'ailleurs des techniques respiratoires inspirées du Pilates dans la préparation à la naissance. Assure-toi simplement de travailler avec un instructeur formé au Pilates prénatal.

Y a-t-il des contre-indications à la respiration latérale costale ?

Pour la grande majorité des gens, cette technique est sûre et bénéfique. Cependant, si tu souffres d'asthme sévère, de BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive) ou d'autres troubles respiratoires, consulte ton médecin avant d'adopter une nouvelle technique respiratoire. Certaines personnes ayant des côtes très rigides (suite à une intervention chirurgicale thoracique, par exemple) peuvent trouver l'expansion latérale difficile au début ; dans ce cas, la progression doit être très progressive et adaptée.

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